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09/04/10

Mathias - Baron Ribeyre & Associés, Farrando Lemoine SVV
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Estimation : 100 000 €

Résultat : 1 250 000 € Lot n°55

Hubert ROBERT (Paris, 1733-1808)

L'incendie de l'Opéra vue d'une croisée de l'Académie de peinture, place du Louvre Toile. Signé et daté en bas vers le milieu H. ROBERT / 1781. 173 x 124,5 cm. R.M. Provenance : Collection Jean Girardot de MarignyW(acheté cent Louis) ; Peut-être vente Charles-Axel Guillaumot, Paris, Hôtel Bullion, 15 janvier 1808 (Me Olivier), n° 24W(Acquis par François-Léandre Regnault-Delalande) ; Collection M. de Baulny ; Vente anonyme, Paris, Hôtel Drouot, 17 février 1922 (Me Lair-Dubreuil), n° 94W; Acquis à cette vente par Monsieur Del Carril (voir Archives de Paris, cote D42E3W146). Exposition : Salon de 1781, Paris, n° 94 (avec inversion des dimensions). Bibliographie : D. Diderot, Salon de 1781, (publié par J. Seznec et J. Adhémar, Salons, Oxford, 1957-1967, vol. IV, p. 364)W; Panard au Salon, La Haye et Paris, 1781, pp. 12-13W; L. Petit de Bachaumont, "SecondeW: sur les Peintures Sculptures & gravures exposées au Salon du Louvre le 25 août 1781", Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des lettres en France, depuis MDCCLXII jusqu'à nos jours, Londres, 1777- 1789, réed. 1970, p. 312W; "Exposition des Ouvrages de Peinture, Sculpture & gravure au Sallon du Louvre, année 1781", Mercure de France, 6 octobre 1781, p. 29W; RéWexions joyeuses d'un garçon de bonne humeur, sur les tableaux exposés au Salon en 1781, p. 18 (Collection Deloynes, vol. XII, n° 264)W; Pique-nique convenable à ceux qui fréquentent le Salon, préparé par un aveugle, 1781, pp. 16-17 (Collection Deloynes, vol. XII, n° 267)W; C. Gabillot, "Liste des oeuvres exposées au Salon de 1781", Gazette des Beaux-Arts, 1895, p. 276W; R. Farge, "L'incendie de l'Opéra en 1781", Société d'Iconographie Parisienne, 1908, pp. 22 et 28, n° 9W; P. de Nolhac, Hubert Robert, Paris, 1910, p. 64W; C. Gabillot, "L'incendie de l'Opéra en 1781 et les tableaux de Hubert Robert", Gazette des Beaux-Arts, I, 1913, pp. 26-36, reproduit p. 29W; T. Leclère, Hubert Robert et les paysages français du XVIIIe siècle, Paris, 1913, p. 94W; L. Réau, "Hubert Robert, peintre de Paris", Bulletin de la Société de l'Art Français, 1927, pp. 214 -215W; C. Bernard, "Hubert Robert, le Peintre des ruines", Les amis de Saint François, 1970, n° 2, p. 72W; Catalogue de l'exposition Le Louvre d'Hubert Robert, Paris, 1979, p. 52 et p. 68, n° 154 (Catalogue par M.C. Sahut)W; J. de Cayeux, Hubert Robert, France, 1989, p. 178W; Catalogue de l'exposition Les Peintures Françaises du XVIIIe siècle de la collection du Musée du Louvre, Tokyo, Kyoto, 1997, sous le n° 51W; S. Weicherding, "Faut-il brûler l'Opéra, Hubert Robert et l'incendie de l'Opéra de 1781", L'art et les normes sociales au XVIIIe siècle, Paris, 2001, pp. 477-492 et note 18, esquisse reproduite Wg. 2. Jamais vu depuis sa vente de 1922, notre tableau, pendant de L'intérieur de la salle le lendemain de l'incendie conservé au Louvre et tous deux exposés au Salon de 1781, est un témoignage d'un fait divers, un tableau très moderne pour son époque. Réservée généralement à la gravure, la description d'un événement contemporain dépeint par Hubert Robert est quasiment un unicum en peinture à cette époque. L'artiste va à l'encontre de la tradition et témoigne par son action de la dissolution des genres iconographiques traditionnels. Après une représentation de l'Orphée de Gluck, le soir du 8 juin 1781, une toile du cintre de la salle de l'Opéra prit feu. En quelques minutes le feu s'étendit dans toute la salle et la charpente de l'édiWce s'effondra. Le faible vent, la pluie ainsi que des secours rapidement organisés eurent raison du feu et préservèrent le quartier voisin. L'Opéra était alors enclavé dans les bâtiments du Palais Royal, résidence du duc d'Orléans, à proximité du Louvre, à peu près à l'angle de l'actuelle rue de Valois et de la rue Saint Honoré. Cet édiWce, incendié une première fois en 1763 avait été reconstruit et livré au public en 1770. Hubert Robert, qui était alors logé dans les galeries du Louvre à proximité donc de l'Opéra, se déplaça à l'Académie de peinture dont les fenêtres donnaient sur le Palais Royal. Il brossa rapidement une étude sur bois de la scène dont il Wt un pendant le lendemain avec une seconde étude de l'intérieur de la salle incendiée (voir C. Gabillot, "L'incendie de l'Opéra en 1781 et les tableaux de Hubert Robert", Gazette des Beaux-Arts, I, 1913, pp. 26-36, reproduit p. 29). C'est à partir de ces études, conservées aujourd'hui au Musée de l'Opéra, que l'artiste acheva, en moins de six semaines, les deux tableaux de grand format qui furent exposés au Salon le 25 août de cette même année. La vue est bien prise d'une croisée de l'Académie de peinture qui est en fait la baie de la rotonde d'Apollon, qui, en revanche, n'a jamais eu la forme d'une arcade en plein cintre. A droite se détache une partie de l'aile occidentale de la cour Carrée devant laquelle s'élèvent encore des habitations. La vue sur le nord de Paris est aujourd'hui bouchée par l'aile du Ministère des Wnances. Jean Girardot de Marigny (1733-1796) acheta les tableaux d'Hubert Robert pour cent Louis pièce, avant même leur exposition au Salon de 1781. Il était banquier de la cour, issu d'une riche famille protestante de marchands et négociants en bois. Il consentit des prêts au roi et à sa ville, appuya les initiatives royales comme l'effort de la municipalité pour l'amélioration de la vie urbaine et la grandeur de la capitale. En 1786 il accorda ainsi un prêt à la municipalité de Paris pour la démolition du Pont au Change et du Pont Notre Dame, qui furent notamment illustrées par Hubert Robert dont il existe deux versions, l'une au Louvre et l'autre à Munich. L'une des deux séries a probablement appartenu à Girardot de Marigny. La fonction de ce dernier n'est pas sans rapport avec l'achat des oeuvres d'Hubert Robert et son goût pour les ruines. Il fut un grand mécène qui eut pour prédilection les oeuvres de Joseph Vernet (on lui connaît 22 tableaux de cet artiste) mais collectionna également les oeuvres de Vallayer Coster, Houdon et bien sûr Hubert Robert. Il prêta ses oeuvres pour différents Salons (1779, 1781, 1783, 1785). Son sort suivit de près celui d'Hubert RobertW: ils furent tous deux arrêtés le 29 octobre 1793, en exécution d'un ordre de perquisition signé de David. Il fut relâché en septembre 1794, deux mois après Hubert Robert. Contrairement au tableau du musée Carnavalet, Incendie de l'opéra vu des jardins du Palais Royal, le 8 juin 1781, probablement fait plus tard, notre tableau donne une impression de spontanéité illustrant un drame qui coûta la vie à plusieurs hommes (voir le catalogue de l'exposition Les Arts du Théâtre de Watteau à Fragonard, Bordeaux, galerie Des Beaux-Arts, 1980, n° 55, reproduit p. 98). La critique de l'époque releva ce réalisme de l'événement dépeint, insistant sur l'expérience de la catastrophe, la vitesse d'exécution et la facilité du pinceau. En revanche elle reprochera à Hubert Robert la froideur des spectateurs face à la catastrophe et le fait qu'ils soient représentés en vêtements italiens ainsi que le non respect des distances entre le Louvre et l'Opéra. La critique se trouva également désemparée par la modernité du sujet et par l'utilisation d'un fait divers en peinture. Notre tableau peut être rapproché, par la modernité du sujet, de l'Incendie de l'Hôtel Dieu peint en 1772 (tableau conservé au Musée de Stockholm). Il s'inscrit dans la même lignée que les éruptions du Vésuve par Pierre-Jacques Volaire, Jakob Philipp Hackert, Joseph Wright of Derby et Jean Louis Desprez. La mise en scène dramatique, le caractère fascinant d'une force naturelle, la présence d'observateurs sont autant d'éléments qui rapprochent notre tableau de l'oeuvre de ces artistes. EnWn notre tableau et celui du Louvre attestent du goût prononcé de l'artiste pour les ruines et les incendies, prélude du Romantisme du XIXe siècle.